Evaluation : une ultime provocation
La publication du décret portant sur l’évaluation des personnels au Journal Officiel du 8 mai 2012 illustre jusqu’à la caricature le fonctionnement des relations sociales de la période écoulée. Ce passage en force, dernier acte du ministère de Luc Chatel constitue une ultime provocation d’un gouvernement battu aux élections.
Thierry Cadart, secrétaire général du Sgen, parle d’un "procédé inadmissible, bien dans la ligne du dialogue social vu par l’équipe sortante et en totale rupture avec la logique républicaine". Le Sgen demande le retrait du décret et attend que ce dossier soit totalement réouvert. Il avait été le seul à accepter le principe de la négociation, refusant de choisir entre le statu quo qui laisse perdurer une inspection infantilisante, inefficace et injuste et le projet du ministre qu’il jugeait néfaste car renforçant l’arbitraire et ne prenant pas en compte la nécessaire transformation du métier enseignant.
Pour le Sgen-CFDT, il est indispensable d’abroger le décret paru le 8 mai 2012 afin de reprendre au plus vite les négociations, pour déconnecter avancement et évaluation individuelle, pour prendre en compte, dans une évaluation collective des équipes, la totalité des tâches qu’effectuent les personnels.
De son côté, Vincent Peillon, conseiller éducation de F. Hollande et probable prochain ministre de l’Education, a d’ores et déjà annoncé que ce décret serait abrogé dès l’installation du prochain gouvernement.
On ne peut que saluer une telle décision qui montre la volonté du nouveau gouvernement de restaurer le dialogue social. Le SGEN-CFDT agira dans la période qui s’ouvre, dans un esprit de concertation et de négociations, avec la volonté d’aboutir à une véritable transformation du système éducatif.
Lire le communiqué de presse "Evaluation, une précipitation qui ne s’imposait pas".
Lire le communiqué de presse "Pour restaurer la confiance, établir le dialogue"
Fin de mandat
Par le fait du hasard du calendrier, il y aura cette année quasi concordance entre la durée du mandat de Nicolas Sarkozy et l’intervalle entre les deux congrès du Sgen-CFDT.
De Mons à Décines, nous aurons donc vécu cinq ans de politique d’une droite décomplexée faisant suite à cinq ans de pouvoir chiraquien considéré comme un peu plus hésitant.
Dans ce contexte, le Sgen-CFDT a du développer son action sur deux fronts.
Être combatif face à une politique budgétaire insoutenable parce qu’elle tournait délibérément le dos à l’ambition nécessaire pour l’Éducation et la Recherche publique, et donc pour l’avenir. Être combatif aussi quand l’idéologie réactionnaire inspirait les réformes du ministère comme pour les programmes du primaire, la suppression des Rased, la suppression de la carte scolaire, les attaques incessantes contre le collège pour tous...
Être combatif face aux ravages de la RGPP pour tous les services publics de notre champ professionnel et à ses conséquences désastreuses pour les conditions de travail de nos collègues.
Être combatif face aux différentes manifestations de mépris qui ont émaillé ces cinq années, mépris pour les personnels, que l’on songe au célèbre discours sur la recherche, et mépris qui s’étend aux organisations syndicales qui les représentent.
Être combatif quand les réformes qui vont dans le bon sens ne sont pas financées.
Mais savoir aussi rester une force de propositions, en faisant valoir dans ce contexte difficile les transformations que nous revendiquons pour l’École et ses personnels, en faisant valoir aussi notre volonté de voir se développer le dialogue social dans toute la Fonction publique.
Nous avons fait la preuve, dans cette période, de notre capacité d’engagement, par exemple pour obtenir des nouveaux droits de titularisation pour nos collègues contractuels, et de notre refus d’être assimilés à toutes les formes de conservatisme scolaire.
Non pas pour le plaisir d’être différents, mais parce que nous savons que si demain, comme nous le souhaitons, la contrainte budgétaire est enfin allégée, nous nous retrouverons devant tous les problèmes, inchangés, voire aggravés, de notre système éducatif.
Au fond, le choix est simple, il suppose un engagement clair : il faut en finir avec une École du mérite ou de la compétition généralisée pour passer à une École de la réussite pour tous et donc de la bienveillance et de l’ambition véritable. [...]
Parce que le Sgen-CFDT a su rester constructif sans être embrigadé, il aura toute sa place dans les combats et les débats qui devront s’ouvrir (après les élections).
Nous serons ainsi mieux à même de défendre les intérêts des salariés qui nous font confiance.
Cette action que nous avons menée pendant les cinq ans qui viennent de s’écouler, ces transformations que nous revendiquons, pour l’École bien sûr, mais plus généralement pour l’éducation, la recherche et le sport pour tous dans le cadre du service public seront interrogées par les représentants des syndicats Sgen-CFDT du 21 au 24 mai prochain à Décines.
Le congrès fera le bilan d’un mandat qui a vu le Sgen-CFDT se renforcer même s’il reste encore beaucoup à faire pour améliorer notre outil syndical au service des personnels, il préparera aussi le mandat suivant en éclairant et en validant les choix que nous devrons porter dans les années à venir.
Thierry Cadart, PE du 5 avril 2012